domingo, 5 de dezembro de 2004

COMME UN BATEAU PREND LA MER

Je ne veux rien savoir
Rien écouter et rien entendre.
J'élude le blanc et le noir
Et j'ignore le vert le plus tendre.
Je ne veux ce soir rien comprendre
Mais te voir te boire et te prendre.
Je te prendrai comme un bateau prend la mer;
Je briserai les vagues.
Je te prendrai comme un oiseau fend l'air;
Je te prendrai comme on plante une dague.
Je te prendrai
Comme un clochard arrache la monnaie au
fond de sa sébile,
Et comme mille avions bombardant une ville.
Je te prendrai comme on puise à la source,
Et comme le voleur dans le sang prend la bourse.
Je te prendrai
Comme le jour qui balbutie entrouvre à demi la paupière;
Je te prendrai comme un moine dans sa prière,
Comme un voyou lançant sa pierre.
Je te prendrai comme on pend la sorcière;
Je te prendrai comme on peindrait sa mère.
Je te prendrai dans le coeur de ma main,
Comme un enfant comptant ses billes;
Ou peut-être au creux d'un chemin,
Comme un garçon et une fille
Dans les senteurs du romarin
Je te prendrai mon doux chagrin.

Jean-Pierre Rosnay

(Clicar sobre a imagem para ouvir a declamação)

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